Intelligence artificielle: Devrait-il y avoir des limites à l’innovation?

D’après un sondage Léger réalisé du 8 au 12 juin dernier, 45% des Québécois disent avoir une mauvaise compréhension de l’intelligence artificielle (IA). C’est problématique, surtout si on pense à l’innovation incessante qui est faite dans ce domaine chaque année. Il faut arrêter de jouer à l’autruche et comprendre quels sont les enjeux liés à cette technologie.

Pour en faire une histoire courte, l’intelligence artificielle peut se définir comme étant l’ensemble des techniques et théories permettant de mettre au point des programmes informatiques qui simulent des traits de l’intelligence humaine, tels que l’apprentissage, le raisonnement et, plus récemment, la compréhension du langage et des émotions.

L’exemple le plus simple de l’intelligence artificielle est certainement lorsque vous jouez « contre votre ordinateur » aux échecs. Votre adversaire est en réalité une intelligence artificielle, et ce type d’intelligence existe depuis bon nombre d’années. Cependant, il y a eu beaucoup de progrès depuis. Dorénavant, il existe des voitures qui se conduisent seules, les assistantes SIRI de Apple et Alexa d’Amazon, la fonctionnalité Google Assistant, le robot social appelé Sophia d’Hanson Robotics, et bien plus encore. Tous sont guidés par un logiciel d’intelligence artificielle. Si un ou plusieurs des éléments énumérés ci-dessus vous est inconnu, je vous conseille fortement de vous informer sur le sujet. C’est à la fois fascinant et effrayant.

RÉALITÉ EN ENTREPRISE

On trouve également beaucoup d’utilisations de l’IA au sein des entreprises. Plusieurs d’entre elles ont recours à des systèmes de clavardage automatisés sur leur site web (chatbots) pour interagir avec les clients et offrir un certain soutien technique par exemple. Les chances sont que vous ayez déjà navigué sur un site web et qu’une boîte de clavardage se soit ouverte automatiquement avec la phrase « Comment puis-je vous aider? » L’IA est également présent dans les logiciels d’analyse de données pour mieux proposer des produits similaires à un client, comme le fait Netflix en vous suggérant des films qui sont susceptibles de vous intéresser ou Amazon en vous proposant des produits semblables à ceux qui font déjà partie de votre panier d’achats.

Pour rester compétitif en milieu corporatif, il devient de plus en plus important d’effectuer un virage vers l’intelligence artificielle. Si vous ne le faites pas, une autre entreprise saisira cette opportunité. D’ici 2035, l’IA pourrait faire croître la marge de profit des entreprises de 38%.1 L’apprentissage automatique – aussi appelé apprentissage profond – des intelligences artificielles est alléchant à première vue, car cela permet d’automatiser un nombre phénoménal de processus. En effet, l’IA serait capable de faire certaines tâches plus rapidement et efficacement que n’importe quel humain.

Toutefois, il ne faut pas oublier que l’effet direct de cette automatisation et recherche ultime de profit résultera en une réduction de l’intervention humaine au maximum. C’est le principe du remplacement des coûts variables (main d’œuvre, etc.) par des coûts fixes (frais liés aux équipements informatiques, électricité, etc.). Ainsi, pour accroître son profit, une entreprise aurait bien plus intérêt à payer des frais pour son équipement et ses logiciels d’IA à un prix de 50 000$ par année, plutôt que de payer 3 employés à temps plein (40 heures par semaine) qui travaillent une année complète (50 semaines) et qui font un salaire de 25$ par heure (ce qui totalise 150 000$). Avec l’IA, une entreprise peut devenir plus profitable et plus compétitive, mais elle devra couper des postes et retrancher sa main d’œuvre.

INTERROGATIONS

Il devient donc important de se questionner sur les limites de l’innovation en termes d’IA. Sommes-nous en train de foncer tout droit dans un mur de brique?

Le fondateur de Tesla et de Space X, Elon Musk, le croit fortement et craint cette technologie. Il va même jusqu’à dire que l’intelligence artificielle est désormais le « plus grand risque auquel notre civilisation sera confrontée ». Ce n’est pas rien venant d’un géant de l’innovation et des technologies comme lui! A-t-il raison? Nous ne saurions dire pour l’instant. Par contre, je suis persuadé, tout comme Elon Musk, qu’il faut encadrer l’innovation en la matière et y mettre des limites.

Même si nous ne sommes pas des experts, nous pouvons constater qu’au rythme effréné à laquelle se développe la technologie d’IA, des dérapages peuvent survenir assez facilement. Facebook en sait quelque chose. En 2017, la division d’IA de Facebook a mis au point deux chatbots pour expérimenter la négociation de transactions commerciales sur sa plateforme Messenger. En communiquant entre eux pour négocier, les deux chatbots ont inventé leur propre langage, incompréhensible pour l’humain. Conséquemment, Facebook a dû mettre fin à cette expérimentation. Il est donc alarmant de voir qu’un outil créé par la main de l’homme peut ensuite échapper à sa compréhension et à ses connaissances.

Bien encadrée et exploitée, l’intelligence artificielle pourrait être un outil extraordinaire. Tout est dans le dosage. Il faut être capable de comprendre où s’arrêter avant de perdre le contrôle.


1 Accenture Report 2017: Artificial intelligence is the future of growth. //

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