D’un lac à l’autre

Juillet 2017. Vendredi midi, l’horaire d’été de la Ville de La Sarre me libère de mes fonctions pour la fin de semaine. La nervosité est palpable puisque deux étrangers m’attendent déjà chez moi. Arrivé par autobus, j’aurai la mission de leur faire découvrir l’immense Abitibi-Témiscamingue. En poussant la porte, la fragrance typique de la cuisine sri lankaise habite l’appartement. Sam est au fourneau, et, sans crier gare, une boule d’énergie me happe: Tatiany. Cette Brésilienne à la chevelure flamboyante est assurément facile d’approche et ne tarde pas de souligner le superbe accueil qu’ils ont reçu au Bureau d’information touristique d’Abitibi-Ouest. Enrique, plus réservé, mais tout autant souriant, prend place au milieu du salon. Le jeune mexicain était étudiant pour quelques mois à l’UQAT alors que Tatiany était en voyage au Québec pour 2 semaines. Un diner copieux nous attend autour duquel on fait connaissance, puis l’aventure commence!

Sameera Liyanage, Alexandre D. Nickner, Tatiany Oliveira da Silva et Enrique Hernández-Rodríguez

Clermont: Là où tout commence!

Aucune autre destination valable n’aurait pu commencer ce périple. Le duo découvre le jardin, la maison et… le bureau de poste! Sous l’œil illuminé des visiteurs, ma mère leur raconte un peu son histoire et comment elle gère depuis si longtemps ce service à même la maison.

Maison de la famille Bisson

En direction du pont couvert, on fait un petit arrêt à la maison des Bisson. Cette attraction improvisée ne manque pas d’impressionner le groupe. Après un arrêt obligé au célèbre pont couvert du Petit-Quatre, on se dirige vers le Verger de l’Île Nepawa.

L’amitié améliore le bonheur, apaise la misère, double la joie et divise la peine.


Un tour à l’Île

Notre petit groupe multiculturel est accueilli sur place par l’enthousiaste propriétaire, M. Pierre Drapeau. En faisant le tour de la propriété, on découvre du même coup ses anecdotes savoureuses sur le développement du verger, sur l’Île et bien d’autres. Un passage à la petite boutique de l’endroit nous permet de faire le plein de produits locaux. Ensuite, M. Drapeau nous indique un endroit tout près où nous dégustons notre pique-nique, avec vue sur le lac Abitibi. Un moment que nous ne sommes pas prêts d’oublier!

À La Sarre, mes compagnons découvrent la célèbre Vache à Maillotte, un amour instantané! Un de magasinage et, puis nous partons vers Roquemaure.


Le premier à mourir

Enrique, qui se débat avec une armée de moustiques pour prendre une photo du paysage.

Le marais Antoine est un lieu incontournable en Abitibi-Ouest. C’est donc pour cette raison que Roquemaure était la dernière destination de la journée. Il se faisait déjà tard, mais la soirée d’été nous choyait d’un soleil chaleureux. Sur la route, j’ai réalisé qu’il serait peut-être plus difficile que prévu de trouver l’endroit. Il faut dire que j’y ai été quelques fois enfant, mais il y avait plusieurs années que je n’y avais pas mis les pieds. Nous nous sommes rendu quelques parts, la mauvaise nouvelle est que nous ne savions pas exactement où était ce quelques part. Vu le soleil couchant, nous n’avions pas le temps d’aller ailleurs. Nous nous sommes donc introduits dans la forêt, espérant que le sentier qui s’offrait à nous était le bon. Ce n’était pas le cas. Rapidement, la pénombre nous a rattrapés et les bruits du boisé se sont amplifiés. Il n’en a pas fallu plus pour que les histoires d’horreur commencent. « Un groupe de jeunes trouve la mort à Roquemaure », pourrait-on lire dans les journaux quelques jours plus tard. Tatiany nous confia à ce moment, candidement, qu’elle manqua de mourir quelques fois au Brésil, des voleurs l’ayant menacée avant de s’emparer de son sac. Enrique, quant à lui, était plus nerveux.

Le mexicain est toujours le premier à mourir dans les films.

Sa déclaration a généré l’éclat de rire général dans le petit groupe.


Une soirée arrosée

Cette journée en Abitibi-Ouest s’est terminée dans une petite auberge de Rouyn-Noranda où Tatiany séjournait. C’était une soirée très chaude et notre Brésilienne favorite ne cachait pas son enthousiasme de nous faire découvrir son cocktail favori, le Caïpirinha.

La SAQ le présente comme suit: « La Caïpirinha est née dans les années 1800 et trouve son origine chez les esclaves brésiliens. Ceux-ci buvaient alors du jus de canne à sucre bouilli appelé garapa et le mélangeaient avec la cachaça, une eau-de-vie de sucre de canne, ainsi qu’avec des épices et des jus de fruits. L’un de ces mélanges, le « batida de limao », était réalisé avec de la lime. C’est ce cocktail qu’on appelle maintenant la Caïpirinha. Le nom provient d’une contraction de deux termes : caipira, qui veut dire paysan, et curupira, un démon de la forêt qui, selon la légende, apparaît avec l’ivresse. »

Parole de Brésilienne, la clé est d’avoir sous la main beaucoup de glace! Il n’y a apparemment pas de nombre maximum de limes non plus… Utiliser le jus et couper quelques limes en rondelle pour disposer dans les verres. Ajouter un peu de sucre et c’est prêt! Très simple, et surtout très efficace. Dans notre cas, un sac de limes fraîches et une bouteille de cachaça plus tard, et nous étions en selle pour une bonne partie de la nuit!


2e jour: Direction le Témis

Le café a été bon ce matin-là! Nous avons perdu un joueur: Enrique. Il avait déjà un engagement alors Sam, Tatiany et moi prenons la route vers le fabuleux Témiscamingue. Notre premier arrêt est à Notre-Dame du Nord où nous découvrons le Fossilarium, un musée dédié aux fossiles. Les acolytes biologistes étaient donc aux anges!


Un domaine d’antan

Sur la route vers Ville-Marie, nous faisons une pause à St-Bruno de Guigues, au Domaine Breen. La maison prend place en plein milieu du petit village, en face de l’église. Ce bâtiment centenaire a un charme particulier, entouré de magnifiques arbres et d’un jardin luxuriant. Le moins qu’on puisse dire est qu’il est rare de trouver ce genre d’architecture en Abitibi-Témiscamingue, et d’autant plus en milieu rural. Même les étudiants y travaillant étaient vêtus des habits d’époque. Comme la visite guidée est d’une durée d’environ une heure, nous avons plutôt opté pour une visite libre. Nous avons pris place dans un petit salon à l’étage. Un moment simple, mais tellement rafraîchissant. Tout doucement, une mélodie s’éleva d’en bas. Les notes du piano s’harmonisaient parfaitement avec l’ambiance du moment… Une belle surprise de la talentueuse étudiante.

Saviez-vous que?

Au point de vue patrimonial, la maison de la famille Breen peut être considérée comme exceptionnelle. Elle a conservé l’ensemble de ses composantes architecturales tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Le mobilier fait état de l’époque, du mode de vie et de la culture du temps. Plus encore, une multitude de livres, journaux et autres ouvrages personnels de la famille ont été remarquablement bien conservés. À l’extérieur, vous pourrez vous laisser charmer par l’aménagement paysager qui regroupe bon nombre d’arbres et de fleurs.

Impossible de faire un tour au Témiscamingue sans passé à la boutique des Chocolats Martine à Ville-Marie. Cette halte gourmande m’a permis d’acheter quelques croissants aux amandes mi-cuits, mes favoris à déguster à la maison! Chocolats, pâtisseries, fromages, il y a de quoi être heureux!


Une forteresse commerciale

Ce n’est pas un secret pour nous, Témiscabitibiens, chaque territoire de notre région s’est développé à sa façon. L’histoire du Témiscamingue est unique par sa place incontournable sur le plan du marché des fourrures. À ce chapitre, le Fort Témiscamingue a été un pilier de cette économie et n’est pas sans rappeler que bien avant les blancs, il y avait les autochtones. Stratégiquement érigé sur la route de la baie d’Hudson en 1720, en bordure du lac Témiscamingue, ce carrefour commercial a joué un rôle prépondérant pendant près de deux siècles.

Saviez-vous que?

Le site du fort offre une vue panoramique sur le Lac Témiscamingue. Sa conservation rappelle un segment coloré de l’histoire du Canada grâce à une collection d’artefacts archéologiques et aux reconstitutions scéniques sur l’emplacement des anciens bâtiments du poste de traite.

La visite de ce site historique a été l’occasion d’aller à la rencontre d’une Algonquienne. Tatiany était enchantée de pouvoir lui poser ses nombreuses questions. En fait, au Brésil, les premières nations ont été complètement exterminées par les Portugais, d’où sa surprise de voir ici, en chair et en os, une autochtone. Elle nous a gentiment transmis une partie de son histoire et nous a permis d’écouter l’un de ses chants dédiés au feu sacré.

Notre aventure se termine chez ma sœur Hélène. Une belle soirée nous y attendait. Vers minuit, il est temps d’amorcer le retour vers Rouyn-Noranda. Les phares de l’auto illuminent une route tranquille. Les ronflements de Sam et Tatiany ne se font pas attendre. Un café à la main et le cœur empli de cette expérience formidable, j’apprécie simplement le moment présent. //

Du lac Abitibi, au lac Témiscamingue…
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