La face cachée des médias sociaux

8h30. L’heure du réveil. Couché dans mon lit, les yeux à peine ouverts et les cheveux ébouriffés, je constate l’heure sur mon téléphone et je l’agrippe à la recherche de nouvelles notifications. J’ouvre l’application Facebook par automatisme et je regarde le fil d’actualités. Je défile vers le bas et j’appose un ou deux « likes » ici et là. Je continue de défiler, me disant que je tomberai éventuellement sur quelque chose d’intéressant. Oh voilà! Je regarde une courte vidéo tutoriel d’une recette qui a l’air vraiment délicieuse, mais que je ne préparerai sans doute jamais. Je la sauvegarde tout de même, me disant que je pourrai toujours la récupérer pour la préparer une autre fois… ce qui, soyons honnêtes, est probablement un mensonge. Je vois les photos du récent voyage en Thaïlande de mon ami. Pourquoi ne suis-je pas en voyage moi aussi? Il y a tant de pays que j’aimerais visiter. Je défile toujours. Mon regard est maintenant rivé sur les photos de la fin de semaine en plein air d’un couple d’amis. Ils ont toujours l’air de vivre le parfait bonheur. Et toi? Ah c’est vrai, tu es toujours célibataire. Je me décide enfin à me lever et je dépose mon cellulaire sur ma table de nuit. Il est maintenant 8h55.

Voilà un exemple plutôt imagé d’un phénomène qui n’est pas rare chez les adolescents et les jeunes adultes. Il s’agit probablement de la pire routine matinale qui puisse exister. Non seulement, 25 minutes se sont écoulées en un rien de temps, mais c’est aussi une façon idéale de se lever du mauvais pied. D’ailleurs, des moments de la sorte, il peut y en avoir une multitude au courant de la journée.
Bien sûr, je généralise et tout le monde ne fait pas la même utilisation des réseaux sociaux, mais vous comprenez mon point. Suis-je contre les réseaux sociaux? Non. Est-ce que je les utilise? Oui. Alors, où pourrais-je bien me diriger avec tout ça? Les réseaux sociaux ne sont pas néfastes en soi, mais leur utilisation, quant à elle, peut l’être ou le devenir.

Nous sommes envahis par les médias sociaux. Facebook, Instagram, Youtube, Snapchat, Tinder… nommez-les, ils sont partout dans notre quotidien et ils redéfinissent la manière dont nous interagissons. Certes, il est beaucoup plus facile d’élargir son répertoire de contacts grâce aux médias sociaux. En effet, plusieurs études démontrent qu’on assiste à une multiplication des liens sociaux entre les individus.(1) Par contre, à ce niveau, les chercheurs ne s’entendent pas pour dire si ces liens sont plus faibles ou plus forts. Tout dépendra de la plateforme et bien évidemment des utilisateurs. Disons-le, nous avons tous reçu un souhait d’anniversaire sur Facebook d’une personne qui ne nous a pas adressé la parole depuis deux ans, mais qui nous a mécaniquement envoyé un message de bonne fête à cause d’une petite notification à cet effet. Dans ce cas précis, je penche du côté des liens sociaux plus faibles. Le véritable problème est toutefois le suivant: les médias sociaux sont liés à l’augmentation des troubles d’anxiété, de dépression et de sommeil chez les adolescents et les jeunes adultes, selon un rapport de la Royal Society of Public Health.(2) Cela n’est pas surprenant si on examine les causes plus en détails.

D’après le psychologue et psychanalyste Michael Stora, les réseaux sociaux et leur mode de fonctionnement nous mettent presque dans une position d’asservissement. Ils cherchent à ce que tout le monde soit hyperconnecté. Et si nous regardons autour de nous, c’est effectivement le cas. Plusieurs exemples viennent en tête. Le classique repas de couple au restaurant où les deux amoureux sont sur leurs cellulaires sans s’adresser un seul mot. Le fait que notre cellulaire devienne une sorte d’échappatoire lorsque nous sommes laissés à nous-même pendant plus de trente secondes. Le réflexe de cliquer sur l’application Facebook alors que nous étions sur notre téléphone ou sur Internet pour une toute autre raison. À cet effet, la prochaine statistique est très révélatrice. Selon le rapport 2017 de l’agence We Are Social, le temps moyen passé sur les réseaux sociaux par les utilisateurs canadiens est de 1 heure 47 minutes par jour.(3) Il en aura fallu plusieurs petits 5 minutes accumulés à gauche et à droite dans une journée pour en arriver à ce chiffre.

Un autre élément à ne pas négliger est le suivant. Les réseaux sociaux tels qu’Instagram et Facebook présentent une réalité déformée et embellie, qu’on pourrait ultimement qualifier de « filtrée ». Selon Michael Stora, on veut projeter l’idée du bonheur à tout prix. On retrouve donc une espèce de pensée unique utopiste, qui va complètement à l’encontre de ce que nous sommes, soit des individus qui connaissent des bonnes et des mauvaises journées. Les jeunes veulent montrer qu’ils sont heureux, mais le sont-ils réellement? Pas toujours, à l’instar des apparences.

Prenons-nous vraiment le temps d’apprécier ce qui nous entoure ou avons-nous plutôt cette mauvaise habitude de vouloir tout partager sans réellement profiter? Sommes-nous toujours à la recherche de plus de « likes »? En utilisant les médias sociaux, on recherche de la reconnaissance par nos pairs. Comme toute autre relation interpersonnelle, le fait d’avoir des commentaires sur nos photos ou des mentions « j’aime » favorise le développement de la confiance, du respect et de l’estime de soi.(4) L’effet inverse est également possible si l’expérience des réseaux sociaux s’avère négative. Cela est d’autant plus vrai chez les adolescents pour qui l’opinion des pairs a une valeur beaucoup plus significative.

Ainsi, nous comprenons pourquoi certaines personnes peuvent douter de leur image ou de leur mode de vie en général, scrutant des choses extraordinaires (photos de voyage, soirées branchées, « partys universitaires », etc.) sur leur écran de façon passive, et ce à chaque jour. Cela peut donc ultimement entraîner une dépression. Une étude réalisée par l’agence de santé de la ville d’Ottawa a d’ailleurs démontré que les adolescents passant deux heures ou plus par jour sur les médias sociaux ont beaucoup plus de chance d’avoir une santé mentale fragile, de vivre de la détresse psychologique ou d’avoir des pensées suicidaires.(5)

Bref, une utilisation amoindrie des réseaux sociaux serait l’idéal. Rien ne sert d’avoir constamment son téléphone près de soi et de voir chacune de ses nouvelles notifications à la seconde près. Le téléphone peut attendre éternellement. Les personnes qui sont avec vous, non.


Sources

(1) Fabien Granjon, « Amitiés 2.0. Le lien social sur les sites de réseaux sociaux », Hermès, La Revue 2011/1 (n° 59), p. 101.
(2) www.rsph.org.uk/our-work/campaigns/status-of-mind.html
(3) https://wearesocial.com/fr/blog/2017/01/digital-social-mobile-les-chiffres-2017
(4) Fabien Granjon, préc., note 1, p. 103.
(5 Hugues Sampasa-Kanyinga and Rosamund F. Lewis. Cyberpsychology, Behavior, and Social Networking, vol. 18, issue 7, Jul 2015.

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