Quelle place pour la gentillesse en milieu de travail?

Extrait tiré de la chronique radio « Ma vie au boulot » diffusée le 9 janvier 2018.

En 2018, les mots innovation et compétitivité sont sur toutes les lèvres des grandes entreprises et des gestionnaires. On le sait, la performance doit se montrer au rendez-vous et se montrer « dur en affaires » est un terme commun. Mais cette dureté est-elle vraiment si efficace dans le monde des entreprises et de la gestion? L’agressivité et l’égoïsme sont-ils… des qualités professionnelles? Certains le pensent. Toutefois, des études et ouvrages récents suggèrent que les équipes productives se distinguent plutôt par la bienveillance, l’altruisme et la gentillesse.

La vie en entreprise est rarement présentée comme un havre de gentillesse! N’a-t-il pas été plutôt démontré au fil des ans qu’un esprit compétitif est le meilleur gage de la performance en entreprise?

Il faut d’abord dire que c’est une idée reçue fort persistante que peu de gens ont remis en question jusqu’à tout récemment. Et il est vrai que des études et des exemples réels démontrent qu’un esprit compétitif peut aider, à court terme, à se surpasser. Cela permet de concentrer toutes nos compétences, nos stratégies et nos énergies pour gagner. À l’aube des Olympiques, il est facile de se rendre compte que le monde sportif est structuré comme ça par ailleurs. Se fixer des objectifs ambitieux, s’investir entièrement, trouver les moyens de déjouer l’adversaire est une des recettes du succès. Dans une organisation, la compétitivité d’une équipe et le désir de réussir sont souhaitables. Par contre, on a souvent associé l’agressivité et l’égoïsme à la compétitivité et c’est ce modèle de la loi de la jungle, la loi du plus fort, qui est de plus en plus contestée comme étant la seule voie du succès.

Contesté comment ?

Comme on vient de le dire, la compétition et l’agressivité sont utiles dans certains contextes. Mais c’est aussi très stressant et très risqué. Il y a toujours un perdant ! Dans la nature par ailleurs, contrairement à l’idée reçue, les animaux utilisent rarement cette stratégie. Il existerait en fait une deuxième loi de la jungle, qui est plutôt celle de la coopération, de l’altruisme et de l’entraide, des traits qu’on peut facilement associer à la gentillesse. On a observé qu’en réalité ce ne sont pas nécessairement les plus forts qui survivent, mais ceux qui s’associent et s’entraident. Dans la nature, c’est vrai pour les bactéries qui forment des biofilms pour bien se défendre, pour les lionnes qui coopèrent pour chasser, même pour les arbres (et parfois de différentes espèces!) qui s’échangent des nutriments entre eux où les plus forts soutiennent les plus faibles.

Mais peut-on vraiment appliquer ça à nos organisations?

On se rend compte que c’est aussi vrai dans nos organisations, surtout si on veut connaître du succès durable. Google, en 2016, a publié les résultats d’une vaste étude, qu’ils ont surnommé le Projet Aristote, qui a porté sur une centaine de leurs équipes de travail. Cette étude visait à comprendre pourquoi certaines équipes étaient plus productives que d’autres. Certains éléments prédictifs sont ressortis clairement, dont:

  1. un but clair qui aide à canaliser les efforts et à faire aboutir le projet et;
  2. la gentillesse!

Les équipes productives étaient composées de coéquipiers bienveillants et qui se souciaient du
bien-être des autres.

La gentillesse a rarement été associée au succès dans le monde des affaires! Comment explique-t-on ces résultats?

Franck Martin, l’auteur de l’ouvrage Le pouvoir des gentils l’explique bien, je crois. C’est difficile de faire aboutir un projet, surtout un projet complexe, si on n’a pas des relations de confiance. Et comment on établit une relation de confiance ? Avec des comportements de respect, d’honnêteté, de souci des autres, bref de gentillesse.

Parfois, on pense que la gentillesse, qu’on associe souvent à de la « mollesse », tue les échanges vigoureux. Et ce n’est pas le cas. Gentillesse ne veut pas dire absence de débats d’idées, c’est tout simplement que ces débats sont au service du projet et ne se font pas dans un esprit d’agressivité et de compétition. Si on a toujours peur de se faire juger, et critiquer, et qu’il faut être toujours le meilleur, on tue l’échange et la créativité, ce qui nuit bien sûr à l’innovation et à la performance.

On aurait donc tous avantage à encourager et renforcer les comportements de gentillesse en entreprise?

Il est vraiment temps de réhabiliter cette qualité, qui permet de bâtir des liens solides propices à une véritable collaboration. Mais en plus, il faut se l’avouer, c’est tellement plus agréable et ça crée un climat qui protège davantage contre les enjeux de santé psychologique, physique et le cynisme ambiant. Alors pour 2018, je souhaite à tous nos lecteurs qu’ils puissent goûter au succès réel, en tentant l’expérience de jumeler leur ambition à la gentillesse!


Sources d’inpirations

 

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